On entend beaucoup parler de hausse des infections sexuellement transmissibles et de PrEP. Voici ce que disent les sources officielles, chiffres à l'appui, et surtout ce que cela change concrètement pour le dépistage et le suivi.

Les infections bactériennes progressent depuis 2022

D'après le bilan 2024 de Santé publique France, publié le 23 octobre 2025, l'Assurance Maladie a recensé en 2024 environ 61 100 diagnostics de chlamydia, 25 800 de gonococcie et 6 500 de syphilis. Les taux poursuivent leur hausse :

  • gonococcie : +35 % depuis 2022, et +40 % chez les hommes ;
  • syphilis : +12 % depuis 2022 ; la hausse est plus rapide chez les femmes (+24 %) que chez les hommes (+10 %), ce que Santé publique France relie à un risque croissant de syphilis congénitale ;
  • chlamydia chez les 15-25 ans : +13 % chez les jeunes femmes et +21 % chez les jeunes hommes entre 2023 et 2024. Le taux atteint 89 pour 100 000 habitants en population générale, mais 306 pour 100 000 chez les jeunes femmes de 15 à 25 ans.

Ces chiffres sont ceux des diagnostics de l'Assurance Maladie en secteur privé : ils décrivent une tendance, pas le nombre exact d'infections. Les données 2024 sont les plus récentes publiées à ce jour.

Le dépistage sans ordonnance a changé les habitudes

Lancé en septembre 2024, « Mon test IST » a permis de dépister environ 41 000 personnes dès le premier mois, puis 66 000 à 68 000 par mois d'octobre à décembre 2024. Les 18-25 ans représentent 44 à 50 % des personnes dépistées, et le nombre mensuel de moins de 25 ans testés pour le VIH par ce dispositif a doublé (Santé publique France).

La PrEP : ce qu'elle fait, et ce qu'elle ne fait pas

La PrEP est un traitement préventif pris par des personnes séronégatives très exposées au VIH. Elle est efficace contre le VIH, et uniquement contre lui : elle ne protège ni des autres IST, ni d'une grossesse. Le préservatif et le dépistage régulier restent donc nécessaires.

  • Qui la prescrit : tout médecin, généraliste compris, peut faire la première prescription depuis le 1er juin 2021.
  • Le bilan initial, d'après la fiche de la Haute Autorité de santé validée le 6 février 2025 : sérologie VIH, évaluation de la fonction rénale, dosage des ALAT, complétés selon l'exposition par la recherche des autres IST.
  • Le suivi : une consultation à un mois, puis tous les 3 à 6 mois selon la fréquence des rapports à risque. Les comprimés se renouvellent pour trois mois ; la forme injectable, en deuxième intention, tous les deux mois.

Combien de personnes la prennent, et où le suivi se perd

Selon EPI-PHARE, 124 181 personnes de 15 ans ou plus avaient utilisé la PrEP entre janvier 2016 et fin juin 2025, dont 67 505 au premier semestre 2025. 20 058 personnes l'ont débutée entre juillet 2024 et juin 2025, un niveau stable depuis deux ans. Les utilisateurs sont à 94 % des hommes, et 53 % des renouvellements sont faits en ville, près de neuf fois sur dix par un médecin généraliste.

Le chiffre qui frappe : un tiers des personnes qui ont débuté la PrEP en 2024 n'avaient été suivies d'aucun renouvellement six mois plus tard. Ce chiffre ne dit pas pourquoi : un arrêt peut être un choix, un changement de situation, ou un renouvellement qui s'est perdu en route. C'est là, dans la continuité du suivi, que se joue une grande part de l'efficacité de la prévention.

Renouveler sa PrEP : ce qu'il faut avoir sous la main

  • un bilan biologique de moins de trois mois (VIH, fonction rénale et, selon l'exposition, les autres IST) ;
  • votre ordonnance précédente et la date d'échéance de votre suivi ;
  • la liste de vos autres traitements en cours, certains pouvant peser sur les reins.

Si le bilan date de plus de trois mois, la première étape est de le refaire — un renouvellement sans bilan à jour n'est pas possible. Et si vous n'avez jamais pris de PrEP, une première prescription se fait en consultation en présentiel, chez votre médecin ou en CeGIDD.

Vous suivez déjà une PrEP, votre bilan date de moins de trois mois et votre ordonnance arrive à échéance : un médecin peut évaluer votre situation à distance et la renouveler s'il l'estime justifié.

Renouveler ma PrEP →Service privé (hors parcours de soins, non remboursé par l'Assurance Maladie) ; il partage un éditeur commun avec Meilleure Santé, qui peut percevoir une rémunération si vous y souscrivez. Le médecin évalue la demande et peut refuser de prescrire. Réservé au renouvellement d'une PrEP déjà suivie : un bilan de moins de trois mois est exigé.

L'antibiotique après un rapport : ce que dit la HAS

La pratique circule, il faut la nommer : prendre un antibiotique après un rapport pour prévenir les IST bactériennes. Dans sa recommandation validée le 23 janvier 2025, la Haute Autorité de santé ne la recommande pas, ni chez les hommes ayant des rapports avec des hommes et les femmes trans, ni chez les autres publics. Elle n'admet qu'une prescription exceptionnelle, hors autorisation de mise sur le marché, après décision partagée avec un médecin, pour les hommes ayant des rapports avec des hommes et les femmes trans à haut risque — au moins deux partenaires et au moins deux IST bactériennes dans les douze derniers mois — avec un dépistage tous les trois mois.

En clair : ce n'est pas un geste de prévention à s'accorder soi-même, avec un reste de boîte ou un médicament emprunté. Un antibiotique pris à mauvais escient favorise les résistances, et masque parfois une infection que le dépistage aurait trouvée.

Ce que prévoit la feuille de route 2026-2030

Le ministère de la Santé a publié début septembre 2026 la feuille de route 2026-2030 de la Stratégie nationale de santé sexuelle, troisième et dernière déclinaison de cette stratégie lancée en 2017. Elle est structurée en cinq axes et vingt-deux actions, dont un axe consacré au chemsex, c'est-à-dire à l'usage de produits psychoactifs pendant les rapports sexuels.

Où se faire dépister, sans payer

  • En laboratoire, sans ordonnance : le VIH est gratuit pour tous, les quatre autres dépistages avant 26 ans — voir notre guide du dépistage sans ordonnance.
  • En CeGIDD : gratuit, anonyme, ouvert à tous, mineurs compris, avec ou sans rendez-vous.
  • Pour en parler : Sida Info Service, 0 800 840 800, gratuit et anonyme, 7 j/7.